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Mathieu-R — Chapitre 12 - Point Zero [NSFW]
#postapocalyptic #sciencefiction
Published: 2014-06-15 14:54:04 +0000 UTC; Views: 178; Favourites: 0; Downloads: 0
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Description Mais à bord de l’hélicoptère, le climat n’était pas encore au triomphalisme. Le copilote remarqua même, en tournant la tête vers la droite :

«  Bordel, votre gusse a percé l’un de nos réservoirs auxiliaires ! Le carburant prend feu ! »

Le pilote n’avait pas le choix. S’il ne faisait rien, le feu allait grossir, se répandre et risquer de tous les emporter. Alors que l’hélicoptère passait entre deux tours de bonne hauteur, il largua le réservoir en feu qui alla s’écraser contre une des façades pour éclater violemment dessus en répandant le liquide enflammé tout autour du point d’impact.

«  Ca nous fait un bon tiers de carburant en moins, commenta le pilote. Avec si peu, on n’a plus le choix : il va falloir survoler Point Zéro pour rentrer… »

Même s’ils volaient à une altitude suffisante pour n’être guère inquiétés par ce qui pouvait se trouver en dessous, presque tous les pilotes préféraient en effet contourner Point Zéro plutôt que le survoler. La réputation de l’endroit était si effrayante qu’elle affectait même ceux qui avaient la chance de voyager par les airs. Même si c’était bien plus par superstition qu’à cause d’un danger avéré, en réalité. Mais quoi qu’il en fût, cette fois, aucune autre option n’était envisageable, de toute façon. A moins de vouloir couvrir une partie du trajet à pied…

L’état d’esprit de Roxane était à présent partagé. D’un côté, elle avait été enlevée et ne reverrait probablement jamais la terre et les siens qui l’avaient vue naître. Et son enfant serait tué, un sort horrible qui lui faisait froid dans le dos à sa seule évocation. Mais elle ne pouvait en revanche que se réjouir d’avoir pu constater que son époux était encore vivant. Même si la séparation était déchirante, et devait l’être tout autant pour lui, elle était bien moins triste que la mort. Même si elle ne le reverrait plus jamais, elle était vraiment rassurée de se dire qu’il était encore en vie et que, par amour pour elle, il avait lutté courageusement, bravé tous les dangers, et même tenu tête à la mort.

Son malheur était immense. Mais il n’était heureusement pas complet. Même si ça aurait été pour la sauver, elle n’aurait vraiment jamais pu supporter qu’il se soit fait tuer…

Sur deux des sièges face à la captive se trouvaient Stamper et Pryce, lequel venait de finir de bander sa jambe pour arrêter le saignement. Il lui faudrait attendre d’être arrivé à l’hôpital pour retirer la balle qui s’y était logée, car, tout seul, il aurait dû mal à y parvenir puis à recoudre la plaie. D’autant que les vibrations de l’hélicoptère en vol pourraient lui faire commettre une erreur fatale.

Pryce était en tout cas très reconnaissant à 112 de l’avoir tiré de ce mauvais pas. Non pas que Stamper n’aurait rien fait, mais cela montrait à quel point, s’il était encore jeune, ce petit avait du sang-froid. C’était aussi lui le seul à avoir détecté la provenance des tirs dirigés contre l’hélicoptère un instant plus tôt. Sans lui, ils se seraient peut-être encore retrouvés coincés dans les terres mortes… Il n’avait sûrement pas l’expérience de vétérans comme lui ou Stamper, mais cela n’avait pas non plus sauvé Mori et Jankowsky, et il était clair qu’il avait l’étoffe d’un futur grand soldat.

«  Eh, petit, l’interpella Pryce. C’est quoi, ton nom ? »

Stamper fit la grimace tandis que 112 était surpris qu’on lui pose la question.

«  Joseph Hein, monsieur.

– Tu t’es bien débrouillé là-bas, Joseph.

– Merci, monsieur » répondit le jeune mercenaire, sincèrement flatté.

Stamper fit cependant la moue. Le gosse avait peut-être survécu à tout cela, mais ça ne voulait pas dire qu’il était si doué… Si Mori et Jankowsky, qui étaient pourtant d’excellents soldats, y étaient restés, ça ne pouvait être que grâce à la chance que lui y avait survécu. Même s’il n’aimait pas du tout l’idée d’invoquer ce nom.

En tout cas, même s’il avait deux gars à remplacer dans son équipe, il ne fallait surtout pas compter sur lui pour demander à ce qu’on lui colle 112 comme nouveau partenaire permanent. Ce gars-là n’était qu’une mauviette à côté de ses deux amis disparus, et il ne pourrait jamais accepter l’idée de confier sa vie à quelqu’un comme lui. Non, sûrement pas. La vérité, c’est qu’il aurait été prêt à donner n’importe quoi pour que Mori et Jankowsky lui soient rendus…  Mais ces choses-là n’arrivent pas…

Ils avaient sans doute eu tort, à force d’avoir remporté durant si longtemps des victoires presque faciles, de penser que ne viendrait jamais le jour qui verrait mourir l’un d’entre eux au champ d’honneur… Mais maintenant que ce jour était venu, le retour en arrière était impossible, et ça, c’était bien une certitude inébranlable…

Et Stamper n’arrivait vraiment pas à le supporter…

Comme il ne cessait s’agiter nerveusement dans son siège, le capitaine du commando de mercenaires trouva qu’il commençait à faire chaud dans la cabine et s’en plaignit aux pilotes.

«  J’ai coupé la ventilation pour économiser du carburant, lui expliqua-t-on.

– Mais je vais étouffer si je n’ai pas un peu d’air ! répliqua Stamper qui n’était vraiment pas d’humeur à ce qu’on lui tienne tête.

– Je peux vous ouvrir la porte arrière, si ça vous chante. Faites attention à ne pas tomber. »

Les vérins hydrauliques de la porte de la soute se mirent alors en en action et celle-ci s’abaissa lentement. Les trois mercenaires durent se cramponner à leurs sièges pour résister à l’appel d’air qui se forma aussitôt. Lorsque la pression se fut stabilisée, Stamper s’approcha du vide en se retenant aux mains-courantes suspendues au plafond et prit une profonde inspiration, content de pouvoir se rafraîchir.

«  Qu’est-ce que c’est que ça ? » s’étonna-t-il aussitôt que son regard vînt se promener sur le sol en dessous d’eux.

Curieux, Hein se leva à son tour et s’approcha précautionneusement de son capitaine. Lorsqu’il vit lui aussi ce que son supérieur voyait, il n’en revint pas.

«  C’est incroyable » s’exclama-t-il.

Pryce vint s’asseoir sur le siège le plus à l’arrière de l’hélicoptère afin de pouvoir imiter ses coéquipiers.

«  Où est-ce qu’on est ? finit-il par demander après avoir quelques instants contemplé muettement ce spectacle.

– Au-dessus de Point Zéro, lui répondit le pilote.

– Je n’avais jamais vu ça auparavant » murmura Hein, tout ahuri.

Sous leurs pieds s’étendait la plus vaste, la plus luxuriante étendue de verdure qu’ils eussent jamais vue. Autant au Nord, qui était parfaitement stérile, qu’au Sud où les sols empoisonnés ne laissaient pousser que de petites touffes rabougries, rien de pareil n’aurait été concevable. Ici, sur les ruines de Point Zéro, tout était recouvert d’une végétation touffue et verdoyante. Ici, la nature avait entièrement repris ses droits, comme si elle avait cherché à effacer totalement la trace de l’Homme qui avait détruit ces terres.

«  Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau, confia Hein sur un ton presque rêveur.

– Moi non plus » reconnut Pryce, bien d’accord avec lui.

Un peu agacé par tant de sentimentalisme, Stamper préféra se détourner.

«  C’est vraiment incroyable, reprit Hein. Cet endroit est pourtant entièrement pollué par les radiations… Comment la végétation a-t-elle pu survivre ?

– Il faut croire que la nature sait s’adapter pour survivre bien mieux que nous le faisons, répondit Pryce.

– Je me sens comme vraiment peu de choses à côté d’un tel miracle, avoua le jeune Hein, sous les yeux de Pryce qui le regardait avec un grand sourire.

– Bah, interrompit Stamper, ça pousse, et alors ? Ces foutues plantes doivent sûrement être toutes toxiques, de toute façon. Si elles ne pas elles aussi cannibales. »

Pryce sourit de plus belle.

«  Notre ami Kurtis ici présent n’a pas ce que l’on pourrait appeler l’âme d’un poète » se permit-il de plaisanter.

Lassé par toute cette mission éprouvante, Stamper ne chercha même pas à le rappeler à l’ordre. Il en avait marre, et tout ce dont il avait envie, c’était d’un bon lit dans lequel dormir pour de bon et oublier ce fichu cauchemar. Au moins un instant.

«  Bordel, c’est quoi, ça ? » s’écria soudainement Pryce en se relevant à moitié de son siège.

Stamper se retourna aussitôt et regarda comme lui au-dehors de l’hélicoptère. Ce que venait de repérer son acolyte était une traînée de fumée blanche jaillie de la cime des arbres sous leurs pieds. Une traînée qui allait en s’étirant et en venant droit vers eux !

«  Roquette ! » hurla aussitôt Stamper aux pilotes.

L’hélicoptère réalisa immédiatement une brusque embardée sur la droite pour esquiver le projectile. Stamper se réjouit d’avoir fait ouvrir la soute, sans quoi ils auraient été abattus sans même comprendre ce qui se passait. Mais sa mine réjouie s’évanouit aussitôt que 112 remarqua :

«  Elle nous suit encore ! »

Au lieu de continuer sa route tout droit et de les manquer, le projectile venait de décrire un large virage pour se remettre à leur poursuite et ne les lâchait pas.

«  C’est impossible ! » pesta Stamper.

Cette fois, le pilote n’eut pas le temps de réagir. Le missile, qui allait beaucoup plus vite qu’eux, passa juste devant la porte ouverte de la soute et dépassa l’hélicoptère par son flanc gauche. Mais ce n’était que pour aller directement s’écraser sur la turbine de l’appareil contre laquelle elle explosa en faisant immédiatement sauter les deux rotors de leurs pas.

«  On va s’écraser ! » gémit le pilote qui ne contrôlait maintenant absolument plus rien.

Stamper se jeta au sol pour se protéger de l’impact imminent tandis que Pryce se cramponnait de toutes ses forces. Sans savoir pourquoi, Hein eut le réflexe de se jeter sur la captive pour qu’elle soit protégée au mieux du choc, elle aussi.

L’hélicoptère en flammes tomba du ciel à une vitesse folle et fut totalement englouti par la forêt qui recouvrait les ruines de Point Zéro.

… … …

Stamper crut qu’il était bel et bien mort lorsqu’il rouvrit les yeux. La lumière et les couleurs qui assaillaient ses yeux le firent presque souffrir. Tout ce vert, tous ces tons inhabituellement vifs n’étaient pas de ce qu’il était habitué à voir sur Terre. L’endroit dans lequel il se réveillait devait bien se trouver autre part, au Ciel ou peut-être en Enfer… Ce n’était pas du tout l’idée qu’il s’en était fait, mais ça ne ressemblait à rien de ce qu’il connaissait, c’était sûr.

Ce fut lorsque tous ses membres endoloris se rappelèrent à lui que le mercenaire comprit qu’il avait survécu au crash. Ces foutues couleurs vertes étaient celles de la forêt de Point Zéro qui l’entouraient. Il y avait tellement de ces gigantesques feuilles que son regard ne pouvait presque pas percer jusqu’au ciel.

Péniblement, Stamper, se retourna pour se mettre sur le ventre En se hissant ensuite sur ses coudes, il essaya d’observer son environnement. Au moment du crash, il avait manifestement été jeté hors de la soute de l’hélicoptère dont la carcasse gisait devant lui, fumante. Les grands arbres avaient dû suffisamment ralentir la chute de l’appareil pour qu’il ne se soit pas complètement disloqué en touchant le sol, ce qui leur avait permis de survivre. Stamper songea qu’il ne dirait plus jamais du mal des plantes…

En réussissant, au prix de douloureux efforts, à se remettre debout, il constata que Pryce avait lui aussi été éjecté de l’hélicoptère et gisait à quelque pas devant lui. Oubliant les douleurs qui le torturaient de partout, il se précipita sur le corps de son ami, à la recherche de son pouls. Lorsqu’il constata que Julius avait, comme lui, survécu au choc, il entreprit de le réveiller.

«  Bordel, j’ai un de ces maux de crâne » pesta Pryce en se réveillant enfin.

Et lorsqu’il voulut s’asseoir, il se rappela :

«  Ah ouais, j’ai mal à la jambe, aussi…

– A part ça, tout va bien ?

– Je ne sais pas. On dirait. Et toi ?

– Je crois que j’ai une jambe cassée, répondit Stamper. Ca me fait un mal de chien. Et sinon, ça va.

– Et Hein ? Et la petite ? »

Tous les deux se trouvaient encore dans la soute de l’hélicoptère, étendus presque l’un sur l’autre. En s’approchant, ils constatèrent qu’eux aussi avaient miraculeusement survécu. Ce n’était, en revanche, pas du tout le cas des deux pilotes qui s’étaient écrasés, malgré leurs harnais de sécurité, contre la verrière du cockpit. Ils avaient subi le choc de plein fouet. Cela ne leur avait laissé aucune chance.

Tous les appareils du cockpit étaient également foutus, et leur radio s’était écrasée contre le plafond de l’hélicoptère durant le crash. Ils n’avaient plus aucun moyen de prendre contact avec l’extérieur.

«  On fait quoi, maintenant ? demanda Pryce.

– On se tire d’ici avant qu’ils rappliquent, répondit Stamper qui s’inquiétait beaucoup de ne pas savoir combien de temps il était resté sans connaissance, maintenant que leurs montres étaient elles aussi bousillées et qu’ils ne voyaient pas le ciel.

– Qui ça, « ils » ?

– Ceux qui nous ont descendus, répondit son supérieur. Sûrement les mutants.

– Tu crois à ces fadaises ?

– Que j’y croie ou pas, quelqu’un a bien dû tirer ce missile contre nous, et il va sûrement venir voir ce qu’on est devenus. Sans compter que chaque seconde passée ici nous expose à des doses de radiations qui nous tueront en moins d’une semaine. Alors on se tire, et en vitesse. »

Pryce ne put que reconnaître que son ami avait raison et approuva d’un hochement de tête.

«  Tu vas pouvoir tenir le coup, avec ta jambe ? lui demanda Stamper en rappelant la balle qui restait à extraire de sa cuisse.

– Il faudra bien, répondit Pryce en haussant les épaules. Tant que je ne lui en demande pas trop, pour l’instant… Tu ne pourras pas aller bien plus vite que moi avec la tienne, de toute façon ! »

Son capitaine ne lui adressa qu’une grimace contrariée en guise de réponse, puis lui tendit l’une de leurs armes qu’il venait de rassembler après qu’elles aient été éparpillées un peu partout pendant le crash. 112, quant à lui, n’avait pas lâché la sienne, pas plus qu’il n’avait lâché la captive. Stamper commençait à se demander si c’était encore une bonne chose, maintenant, que cette fille soit encore en vie. Mais puisque c’était le cas, ils n’avaient pas trop le choix, même s’il aurait été bien loin de savoir dire comment et surtout dans combien de temps il espérait pouvoir les sortir de cette maudite jungle. Ni même s’il y parviendrait tout court, d’ailleurs.

«  112, remets la fille sur pieds en…

– Silence ! » répliqua aussitôt l’éclaireur d’une voix autoritaire.

Alors que Stamper était sur le point de venir lui faire payer sur-le-champ cette insubordination, 112 reprit :

«  Vous n’entendez rien ? »

Brusquement inquiets, les deux autres mercenaires ne firent plus un bruit et tendirent l’oreille. Ils ne tardèrent pas à déceler des sons qui ne leur dirent rien qui vaillent.

«  Merde… » souffla silencieusement Pryce en se rapprochant à reculons de son capitaine, ses yeux fouillant vivement les alentours tandis qu’il épaulait déjà son arme.

Ils étaient cernés de bruits de mouvement qui approchaient très rapidement de leur position…

112 fut le premier à voir quelque chose et pointa son fusil en direction du danger. Mais son doigt n’eut pas du tout le temps d’appuyer sur la détente car un autre projectile jaillit avant cela des fourrés et fendit les airs pour venir le percuter de plein fouet. Il s’agissait d’une lance qui s’enfonça brusquement dans sa cage thoracique et l’entraîna en arrière pour le clouer au sol, juste devant la porte ouverte de la soute de l’hélicoptère, sous les yeux effrayés de la captive qui se recroquevilla aussitôt sur elle-même pour échapper au même sort.

Pryce et Stamper ouvrirent instantanément le feu, tirant sans distinction sur tout ce qui semblait bouger autour d’eux, mais sans avoir à aucun moment réellement identifié la menace. Et lorsque Pryce fut à court de munitions, l’un des mutants parut. Grand, plus grand que lui, il avait forme humaine, mais sa chair était toute brûlée, nécrosée et putréfiée. Plusieurs excroissances répugnantes et pointues, comme des moignons d’os, avaient poussé sur les bras, les jambes et le cou de la créature. Son visage était sans doute le plus horrible que le mercenaire ait jamais vu. Il n’y avait plus de peau sur les muscles qui s’étaient presque raidis comme du cuir, figeant la bouche ouverte du mutant en un rictus cruel. Les yeux dans ses orbites totalement découvertes devaient être aveugles, puisqu’ils ne pouvaient plus être humidifiés, mais le mutant n’avait pourtant aucune difficulté à se repérer et semblait sentir la présence du mercenaire juste devait lui.

Pryce vit alors ce que le mutant brandissait comme arme. Il s’agissait d’un lance-missile qu’il reconnut aussitôt pour avoir eu l’occasion, très peu de temps avant leur départ en mission, d’en voir un. C’était un tout nouveau modèle ultra sophistiqué permettant de suivre une cible à la trace en utilisant ses émissions de chaleur. Sans aucun doute, c’était l’arme qui avait servi à abattre leur hélicoptère. Ce qui voulait dire que derrière l’apparence inhumaine de ces mutants se cachait pourtant une intelligence développée… Mais comment une telle arme, délivrée exclusivement aux soldats et aux commandos du Nord comme le leur, avait�elle bien pu arriver entre leurs mains ?...

Le grand mercenaire noir n’eut cependant pas le loisir de se poser longtemps cette question, car le mutant se servit de son arme pour asséner dans sa direction un formidable coup circulaire, si rapide qu’il ne put l’esquiver. Le lance-missile utilisé comme une lourde massue lui arracha la tête d’un coup net et la fit voler dans les airs.

Stamper resta un instant stupéfait en regardant le corps décapité de son vieil ami tomber lourdement sur le sol avant de réagir.

«  Pryce ! Non ! »

Il tira à feu nourri sur le mutant qui venait de tuer son partenaire, mais toutes les balles qu’il encaissait ne semblèrent en rien le perturber et il continuait d’approcher imperturbablement du capitaine horrifié.

En se relevant à moitié, la bouche pleine de sang, Hein contempla distraitement la hampe de la lance plantée dans sa poitrine. La douleur était atroce et ne lui laissait aucun espoir : s’il n’était pas encore mort, cela ne saurait tarder. Sans prêter attention à Stamper qui se faisait submerger par ses assaillants, arracher le bras par l’un d’entre eux qui s’en servit ensuite pour le rouer de coups, le jeune éclaireur saisit des deux mains la lance et s’efforça, en serrant les dents, de tirer dessus de toutes ses forces amoindries pour l’extraire de son corps.

Ce fut horriblement douloureux. Atroce. Comme s’il venait lui-même de s’arracher un organe vital. Et il savait que cela ne faisait que le condamner à plus brève échéance, maintenant que l’hémorragie n’était plus contenue. Mais avant de rendre son dernier soupir, il voulait accomplir une dernière chose. La toute dernière.

En se tournant sur le ventre, il put voir, malgré ses yeux qui se troublaient, leur pauvre prisonnière essayer de se fondre dans l’épave de l’hélicoptère pour échapper à la mort qui les prenait un à un. Péniblement, il rampa dans sa direction, la lance du mutant toujours à la main. Quand elle le vit faire, la jeune femme prit peur et voulut le repousser avec les pieds en gémissant de plus belle. Cela ne fit que lui compliquer davantage la tâche. Mais il parvint tout de même bientôt à son but, tandis que, dans son dos, les mutants semblaient s’acharner encore sur Stamper. Hein n’aurait même pas su dire si son capitaine était mort ou bien encore vivant. Il s’en moquait.

En forçant la captive à se retourner, il put atteindre les menottes qui entravaient ses poignets dans son dos. Rassemblant ses toutes dernières forces, Hein frappa la chaîne des menottes à l’aide de la pointe affûté de la lance à plusieurs reprises, jusqu’à ce que l’un des maillons ne cède. Il laissa alors tomber son outil sur le plancher de l’hélicoptère et esquissa péniblement un sourire, sous les yeux de la jeune femme incrédule.

«  Fuyez » lui dit-il dans un souffle.

Son dernier souffle.

Le jeune Joseph Hein mourut sous les yeux de Roxane, fille de Franşescu.

Malgré toute la haine qu’elle avait ressentie pour ces hommes du Nord, en voyant celui-ci s’éteindre, elle n’eut plus l’impression de se trouver face à un monstre sans cœur. Ce qu’elle voyait, c’était plutôt un enfant, un gamin totalement perdu. Dont la dernière obsession, avant de mourir, avait été de lui rendre sa liberté. Un jeune garçon comme les autres qu’en de toutes autres circonstances, elle aurait peut-être pu apprécier…

Saisissant la chance que ce jeune mercenaire lui avait donnée, soudainement revigorée par ce geste de bonté inattendu, Roxane se releva et s’approcha de la sortie de l’hélicoptère pour chercher un moyen de s’enfuir. Sous ses yeux, ces mutants barbares continuaient de mutiler et de jouer avec le corps du chef des Nordistes. Pour lui, elle ne ressentit cependant aucune pitié. Elle se dit qu’il avait bien mérité ce triste sort. Sans s’attarder davantage sur ce spectacle aussi terrifiant que répugnant, elle sortit de l’épave et partit sur sa droite pour longer en catimini le flanc de la machine volante et atteindre au plus vite la forêt dans laquelle elle s’empresserait de disparaître. Même si elle ne savait pas où aller, n’importe quel endroit devait être plus sûr que celui-ci.

Hélas, elle n’eut pas le temps de mener à bien ce projet. A peine avait-elle fait quelques pas qu’elle tomba nez à nez avec l’un de ces horribles mutants qui semblait avoir comme émergé de la forêt derrière lui. La fixant de ses horribles yeux aveugles et sans paupières, la créature la pétrifia de terreur.

Avant d’avoir le réflexe de prendre ses jambes à son cou, ce furent ses longs doigts osseux et décharnés que le mutant serra autour de ce dernier, lui coupant le souffle. Agrippant son bras pour essayer de le faire lâcher prise, Roxane le supplia de lui laisser la vie sauve. Mais au lieu de cela, et sans paraître un seul instant affecté par les efforts désespérés de la jeune femme pour se libérer, le mutant la souleva de terre avec une force colossale. Il la hissa jusqu’à ce que leurs deux visages soient à la même hauteur, et elle ne voyait plus rien d’autre que le rictus abominable qui lui barrait le visage. L’étreinte de ses doigts autour de son cou ne se desserrait pas, et la jeune femme ne mettrait pas longtemps à s’étouffer.

Quand, soudain, elle se relâcha légèrement, la laissant reprendre un peu de souffle. En rouvrant les yeux, sa vue qui s’éclaircissait de nouveau lui dépeignit un tableau qu’elle ne s’était pas attendu à voir. Alors que le visage rigide des mutants paraissait pourtant, de prime abord, tout à fait incapable d’exprimer la moindre émotion, celui qui la soulevait semblait afficher quelque chose comme une intense surprise.

Roxane sentit alors l’autre main du mutant se poser sur son ventre dans lequel elle put elle�même sentir les battements de la vie qu’il hébergeait. A nouveau, Roxane eut peur pour son enfant et supplia le mutant de ne pas lui faire de mal. Mais au lieu de cela, il fit ce à quoi elle ne s’attendait plus : il la reposa sur le sol et la libéra de l’étreinte brûlante de ses doigts.

Stupéfiée, Roxane ne sut comment réagir. Un cri haut perché du mutant devant elle la fit bientôt tressaillir et elle vit alors en un instant tous ses compagnons se rassembler autour d’elle et la fixer avec le même air étonné. Ensemble, ils tendirent tous leurs mains vers son ventre et la touchèrent.

Bien que ce contact fût désagréable de prime abord et ne l’emplît à nouveau des pires craintes concernant leurs intentions, Roxane prit soudainement conscience que tous les mutants, sans exception, affichaient maintenant sur leurs visages hideux un air presque béat, débarrassé de toute agressivité, tandis qu’ils la caressaient avec douceur.

Le miracle de la vie, dans son ventre, les fascinait.
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