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Published: 2019-06-30 23:39:41 +0000 UTC; Views: 702; Favourites: 4; Downloads: 0
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Description
Le soleil, déjà très haut dans le ciel, était éblouissant, presque cuisant. Les habitants d'Utambazii étaient habitués à une telle chaleur, puisque c’était leur quotidien tout au long de l’année. Étant des démons lézards, ils n’avaient aucun mal à supporter cette canicule. Alors ils travaillaient, s’agitaient, vivaient sous le soleil.La ville était en effervescence ; une fête se préparait au sein du palais et se répercutait dans toute la cité. Ce n’était pas parce que la noblesse pouvait s’abandonner dans l’excès et le luxe que le petit peuple devait se priver d’une rare occasion pour s’amuser également. Aujourd’hui, tout le monde mettait la main à la pâte pour que cette soirée soit inoubliable, pour tout le monde.
Nadja, la fidèle servante de la fille d’un des conseillers, filait entre les rues et s’engouffra dans une maison bien précise. À l’intérieur se trouvaient une jeune et une vieille femme M’Taar, dont la plus jeune se leva pour saluer son amie.
— Nadja, je pensais que tu n’aurais pas le temps de venir aujourd’hui ! s’étonna-t-elle.
— Avec la fête qui se prépare, nous sommes tous très sollicités au palais. Mais que le monde soit en agitation ou non, Dame Tahira tiendra toujours sa parole. Un marché est un marché.
La jeune lézard sourit et se tourna vers un petit coffre pour récupérer un flacon qu’elle donna à sa camarade. Nadja le plaça soigneusement dans sa besace avant de tendre à son tour son panier. La jeune fille le prit avant d’en montrer le contenu à sa grand-mère. Il y avait de très beaux tissus en soie légère et plusieurs fils à broder.
— Avec ça, tu pourras te confectionner une belle robe. Les hommes se retourneront après ton passage !
— Ahaha, je ne pense pas ! Mais merci infiniment, je n’espérais pas tant pour un parfum !
Nadja lui fit un grand sourire, puis prit rapidement congé. La grand-mère, encore émue de ses présents, prit la soie entre ses mains pour vérifier la qualité des produits. Ce fut à ce moment qu’elle découvrit qu’il y avait des fruits, des médicaments, et quelques pièces cachées au fond du panier. La vieille dame souffrait depuis longtemps de mal de dos, et cette plainte avait été entendu par Dame Tahira. Les deux femmes furent très surprises et touchées. Elles ne sauraient comment la remercier pour cette attention.
Pendant ce temps, au palais, les servants courraient dans tous les sens pour préparer la salle des fêtes, et pouvoir accueillir toute la noblesse, plus celle de la cité Sehragos qui était invitée. Il fallait faire bonne figure et surtout, ne pas montrer la pauvreté de plus en plus grandissante à l’intérieur de la cité. Utambazii ne devait surtout pas se faire ridiculiser. C’était plus une question d’ego mal placé que d’honneur. Mais tout le monde s’accordait à faire de son mieux, entre ceux qui voulaient que tout se passe bien et ceux qui voulaient faire bonne figure, les choses se dégoupillaient à merveille.
Il n’y avait que dans la chambre de Tahira que rien n’allait ! En compagnie de sa meilleure amie Mashah, elle essayait pour la cinquième fois une nouvelle toilette. La princesse soupira en se tenant la tête :
— Elle t’allait très bien celle-là, qu’est-ce qui ne va pas cette fois ?
— Elle ne me met pas en valeur !
— Quoi ? Mais tu as une très belle silhouette et elle te mettait parfaitement en valeur !
— Non ! Elle montre mon vitiligo ! C’est insupportable, on va encore se moquer de moi… je n’ai pas envie que tous les regards soient posés sur moi à cause de ma maladie.
— Ah… Si tu veux mon avis ; si les hommes te regardent, ce n’est certainement pas pour tes petites taches blanches… insinua Mashah, tout en croquant dans une poire.
Tahira fit les cents pas dans sa chambre, réfléchissant à une nouvelle tenue.
— Si tu veux plaire à Mashar, faut que tu fasses ressortir tes seins et tes hanches, lâcha la princesse.
— Je ne mettrai rien d’aussi vulgaire ! Et puis, qu’est-ce qui te fait croire que je me prends la tête parce que je veux plaire à ton frère ?!
La princesse croqua une nouvelle fois dans son fruit tout en plissant des yeux vers son amie. Cette dernière rougit et tourna la tête en croisant des bras.
— Bon… ! Oui ! Je l’avoue ! Je ne veux pas seulement faire bonne figure devant les autres, je veux aussi plaire à Mashar. Mais à part mettre une robe de danseuse, je ne vois pas comment attirer son attention ! Surtout qu’avec Samia, ce sera déjà peine perdue…
— Oh je l’avais oublié celle-là. Attends, tu veux dire que je vais devoir la supporter toute la soirée ? s’inquiéta Mashah.
— Si tu passes la soirée à côté de ton frère, j’en ai bien peur. Elle ne rate aucune occasion pour essayer de s’attirer ses faveurs. Et elle a de plus gros « arguments » que moi, Mashar tombe toujours dans ses fils.
— Rah, quel idiot ! Surtout que ça crève les yeux qu’elle ne s’intéresse à lui que parce qu’il est prince ! Franchement, à part son physique, elle n’a rien pour elle ! Tu es mille fois mieux que cette vipère prétentieuse !
Tahira soupira de désespoir, s’asseyant à côté de son amie, prenant un fruit à son tour. Mashah posa sa main sur son épaule pour la réconforter.
— Mon frère n’est qu’un idiot. Il ne sait pas du tout à côté de quoi il passe. Si je pouvais lui ouvrir les yeux, il verrait à quel point tu es celle qui lui faut.
— C’est gentil Mashah… mais ton frère préfère clairement se moquer de moi. Et ce depuis notre plus tendre enfance. Je ne comprends même pas comment j’ai pu tomber amoureuse d’un idiot pareil.
— L’amour ne s’explique pas, il se vit.
Sur ces belles paroles, Nadja fit son apparition dans la chambre. Tahira se leva pour l’accueillir. La jeune servante fouilla dans son sac et lui rendit le parfum qu’elle avait demandé. La noble attrapa le flacon, la remerciant chaudement.
— C’est le parfum que tu avais commandé ? questionna son amie.
— Oui, sens donc cette huile comme elle est unique ! répondit-elle.
Curieuse, la princesse prit le flacon entre ses doigts et l’ouvrit pour découvrir un parfum irrésistible. Elle en fut très surprise, car c’était très différent des odeurs qu’elles avaient l’habitude de porter.
— Avec ça ce soir, tu voleras la gloire à Samia !
— Mais elle aura vite fait de me rabaisser en m’appelant « la tacheté » ! Et tout le monde rira à sa blague, comme toujours !
Les trois femmes soupirèrent. Il fallait faire taire cette vipère ! Et c’était bien plus satisfaisant si elles y arrivaient en mettant en lumière Tahira. Peut-être que le prince la regarderait enfin différemment. Mashah réfléchit longuement, avant de s’exclamer en posant sa main sur la table :
— Je crois que j’ai une idée !
De l’autre côté du palais, Mashar était confortablement installé dans son fauteuil. Il était richement vêtu, étant déjà prêt pour la fête de ce soir. Malheureusement, il ne languissait absolument pas cette soirée. Une mauvaise nouvelle lui avait gâché le goût de la fête. Le prince lisait et relisait le parchemin qu’il tenait en main. Il avait réussi à esquiver cette question pendant quelque temps, mais ses conseillers étaient tous revenus à la charge et ne lui laissaient aucun répit. D’après eux, il était plus que temps qu’il choisisse une épouse et fasse un héritier. Tous ces engagements et ces obligations ne l’enchantaient guère…
Heureusement, une tête connue entra dans sa chambre pour le libérer de ses idées noires : il s’agissait de Delsin, son ami d’enfance.
— Oh là ! Quelle tête tu fais ? Déjà que je pensais te trouver en salle des fêtes à faire chambouler toutes les installations à ta guise. Te voilà dans ta chambre à te morfondre. Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
— Que des obligations qui m’horripilent ! Franchement, ils auraient pu attendre demain avant de me donner ça !
La tête blonde vint donc s’asseoir à côté de son prince, lui attrapant le parchemin par curiosité. Il s’étonna de son contenu et regarda son ami sans comprendre :
— Une liste de noms ?
— Des prétendantes ! Ton père et les autres veulent que je me marie !
Delsin éclata de rire et Mashar en fut vexé.
— Qu’est-ce qu’il te fait rire ?
— Allons, je ne t’ai jamais vu aussi grave! Tu prends cette histoire au sérieux ? Laisse donc ces vieux débris de côté. Ce soir, on est là pour s’amuser. Ces problèmes-là, tu y repenseras demain !
— Justement non, ils m’ont dit de profiter de la fête pour choisir une fiancée.
— Quoi ? Mais on ne choisit pas la femme qu’on va épouser sur un coup de tête. Ma parole, ces vieux sacs d’os ont perdu la tête.
— Je le pense aussi. Et je sens que si je ne rentre pas dans leur jeu, ils vont me gâcher la soirée !
Les deux hommes soupirèrent. Delsin avait beaucoup de compassion pour Mashar. Plus qu’un ami d’enfance, il le considérait comme un frère. Surtout depuis que son propre père s’occupait de plus en plus du prince. Il n’en était nullement jaloux, et se satisfaisait même de cette situation. Car lorsque son père était sur le dos de l’héritier, il n’était pas sur le sien ! Déjà qu’ils étaient complices dans la bêtise, il s’y mettait tous les deux pour faire tourner le conseiller en rond.
Le jeune noble regarda à nouveau la liste avant de s’attarder sur des noms qu’il reconnaissait très bien…
— Tahira ? Une prétendante ? Je n’aurais jamais cru que ce vieux Nakht donnerait sa permission !
— Il paraît qu’elle plaît au peuple… répondit-il, dans le vague.
— Ohoh ! Je vois qu’il y a Samia aussi !
— Hum…
Delsin tourna la tête vers son ami. Cette nouvelle ne l’enchantait-elle donc pas ? Il lui semblait pourtant que cette fille lui plaisait. Voir son ami aussi pensif ne le réjouissait pas. Cette histoire le tracassait à ce point-là ? Il fallait avouer que ces derniers temps, les conseillers faisaient de plus en plus pression sur l’idée d’un nouvel héritier. Peut-être que l’assassinat du précédent roi les avait traumatisés. Il pouvait comprendre leur crainte, mais il n’acceptait pas que leurs angoisses atteignent son ami.
— Et puis pourquoi pas, après tout ? lâcha finalement Delsin.
— Pardon ?
— Ils veulent que tu prennes épouse, et toi, tu veux profiter de la soirée… les deux ne sont pas incompatibles ! Tu vas passer ta nuit, entouré de belles filles ! Je suis presque jaloux !
— Tu n’as qu’à prendre une femme à ma place, si ça t’amuse autant !
— Ne t’énerve pas. Ce que je veux dire, c’est que tu peux clairement t’amuser… Personne ne t’oblige à donner de réponse immédiate ! Et puis, si les vieux te voient discuter avec les filles de cette liste, tu seras sauf !
— Tu as vu la longueur de ce parchemin ? Je n’ai certainement pas envie de faire la conversation à autant de femmes.
— Alors choisis-en au hasard ! Tant que tu parles avec l’une d’elles, ils seront contents et toi, tu seras libre !
Le prince réfléchit tout en posant sa joue sur son poing. Son ami d’enfance n’avait peut-être pas tort, il pouvait parfaitement concilier les deux et gagner du temps vis-à-vis de ce projet. Il n’avait clairement pas envie de s’encombrer d’une épouse. Certes, il aimait les femmes et passer du bon temps avec, mais jamais rien de bien sérieux. Les responsabilités, elles lui passaient toujours au-dessus de la tête.
— Soit, tu as raison. Je vais gérer cette soirée à mon idée et non à la leur. Merci pour tes conseils.
— À ton service mon bon prince.
La fête battait son plein, la boisson coulait à flot, et tout le monde s’amusait. Les gens bavardaient et dansaient. L’heure n’était plus aux soucis mais à l’amusement. Les invités étaient presque tous arrivés et les jumeaux princiers les avaient déjà tous saluer. Mashar avait commencé à faire la conversation à quelques prétendantes pour faire plaisir à ses conseillers, et il bénissait son ami Delsin qui venait à sa rescousse lorsqu’il commençait à sérieusement s’ennuyer avec les jeunes femmes.
Mashah surveillait son frère de loin, et elle avait très vite comprit ce qu’il se jouait là. Pas bien difficile de le deviner : son frère qui parlait avec des nobles sous le regard de tous leurs conseillers ? Il était clair qu’ils avaient recommencé à lui parler de fiançailles. C’était donc finalement la meilleure occasion pour éclipser Samia ! D’ailleurs, en parlant du reptile, la jeune femme fit son entrée en salle. Les hommes se retournèrent sur son passage, Mashar et Delsin furent les premiers à aller la saluer. La princesse croisait les bras en grinçant des dents : cette femme était toujours aussi scandaleusement belle. Et le décolleté de sa robe qui offrait une magnifique vue ne faisait qu’accentuer sa beauté. Rien qu’un sourire de sa part, et tous les hommes lui tournaient déjà autour pour lui offrir un rafraîchissement ou lui proposer une danse. Mashah enrageait intérieurement, et si Nadja n’était pas intervenue pour lui demander de garder sa contenance, quelqu’un aurait vite remarqué ses ondes diaboliques.
— Samia est toujours aussi populaire… constata la servante.
— J’ai foi en mon plan. Tahira est bien plus belle que cette vipère ! Elle n’a rien à lui envier, rien du tout !
— Vous vous donnez réellement à fond pour elle, ma maîtresse doit en être touchée.
— C’est normal ! C’est mon amie d’enfance ! Et puis, si je peux donner un coup de pouce au destin… je préfère clairement avoir Tahira en belle-sœur que cette satanée Samia !
Nadja eut un rire cristallin, très amusée de voir la passion de sa princesse. Au fond, elle souhaitait également que Tahira devienne reine. Peut-être que grâce à elle, elle saurait redresser le peuple. C’était son vœu le plus cher.
Jamâl, un autre noble et ami d’enfance de Mashah, vint rejoindre les jeunes femmes. Il était inquiet, car il était le seul à avoir perçu les grimaces de la princesse. Nadja lui expliqua subtilement le plan et ce dernier n’en revenait pas. Mais au fond, il était du même avis que les filles : Tahira était bien la seule à pouvoir dompter le prince.
Mashar eut droit d’honorer la première danse de Samia, n’en déplaise à certains. Il se permit même les habituels compliments qu’il servait aux femmes qu’il appréciait. Samia s’en amusa mais chercha plutôt à taquiner son prince :
— C’est ce que vous me dites à chaque rencontre. Dites-moi plutôt quelque chose que je n’ai jamais entendu. Je ne vous inspire rien de plus qu’une simple routine ?
— Vous êtes bien trop exceptionnelle pour vous comparer à une routine. Mais que voulez-vous ? Si je vous dis que vous êtes belle à chaque fois, c’est que je le pense sincèrement.
Samia eut un large sourire satisfait. De souvenir, il n’y avait qu’à elle qu’il se permettait autant de compliment. Elle était certaine d’être sa favorite. Et les rumeurs courraient très vite par ici… elle savait pertinemment que ce soir, il commençait à chercher une prétendante sérieuse. Elle était déterminée à sortir du lot. En terminant sa danse, elle prit le temps d’aller saluer la princesse.
— Pardonnez mon impolitesse votre altesse, mais je ne voulais pas manquer une occasion de danser avec votre frère.
Mashah lui répondit simplement d’un geste de la tête, n’ayant aucune envie de discuter avec la rivale de son amie. Cette dernière n’était toujours pas présente et la vipère de Samia s’en rendit rapidement compte, regardant autour d’elle.
— Je ne vois pas votre amie. Est-elle indisposée ? Comme je regrette qu’elle ait raté notre danse avec le prince, fit la noble, malicieusement.
— N’ayez crainte, elle ne saurait tarder, répondit froidement la princesse.
Jamâl se permit un discret coup de coude à Mashah pour la rappeler à l’ordre. Il ne fallait surtout pas tomber dans le piège de Samia, ni répondre à ses provocations. Cette dernière prenait un malin plaisir à regarder les réactions de Tahira lorsqu’elle était proche du prince. Elle avait deviné que la petite noble avait de réels sentiments pour lui, et c’était très divertissant de la voir changer de couleur.
Les désirs de la prétendante furent exaucés et Tahira finit par faire son entrée. Seulement, son sourire mutin vira à la grimace et à la surprise. Mashar lui-même mit quelques secondes avant de la reconnaître. Tahira était resplendissante. Une robe et des bijoux qu’il n’avait jamais vu, mais le détail qui ne lui échappa certainement pas, c’était que la jeune dame avait maquillé son vitiligo. Plus aucun défaut apparent. Si son ego n’était pas aussi mal placé, il aurait pu avouer qu’il la trouvait sublime.
Tahira avança d’un pas assuré, salua respectueusement son prince et Delsin, avant de rejoindre Mashah en faisant de son mieux pour éviter de trembler des genoux. Absolument tous les regards étaient portés sur elle. C’était ce qu’elle souhaitait, mais elle trouvait que le plan de la princesse fonctionnait trop bien. Mashah ne put se retenir de pouffer de rire en voyant que c’était Samia qui avait changé de couleur avec l’arrivée de son amie. C’était une victoire pour elles !
Mashar se retrouva confus. Il avait totalement oublié les autres filles tellement celle-ci l’avait impressionné. Pourtant, il la connaissait depuis l’enfance et ils se fréquentaient tellement souvent qu’il en avait oublié à quel point elle était belle. Mais sa fierté l’étouffait tellement qu’il se refusa d’aller lui proposer une danse. Il se convint seul que s’il ne l’invitait pas, aucun homme ne le ferait, et Tahira resterait sagement avec sa sœur. Sauf que Delsin le ramena sur terre avec un coup de coude pour lui indiquer que certains nobles tournaient autour d’elles.
— Je savais pour ta sœur, mais je n’avais jamais remarqué que Tahira avait du succès !
Le prince rougit de fureur, se rendant bien compte qu’il s’était leurré. Et il ne savait pas pourquoi, mais il n’avait certainement pas envie qu’un autre homme pose sa main sur son amie d’enfance. Il était le seul à avoir le droit d’être proche d’elle, le seul à pouvoir lui parler et la disputer. Le seul.
Déterminé, Mashar abandonna Delsin s’en prévenir et rejoignit Tahira en passant devant le nez de Samia. Cette dernière n’en revenait pas d’avoir été ainsi snobée ! Mais le prince n’en avait cure, il était bien trop occupé à chasser implicitement ces hommes en offrant sa main à Tahira :
— Tu danses ?
Abasourdie, Tahira regarda la princesse pour qu’elle lui confirme qu’elle avait bien entendu. Mashah et Nadja approuvèrent de la tête, encourageant la jeune femme à accepter. Elle posa donc fébrilement sa main sur celle du prince, ce dernier l’empoigna plus fermement et l’emmena sur la piste de danse.
Les premiers pas se faisaient dans le silence, et Tahira n’osa pas le regarder dans les yeux.
— Je t’intimide tant que ça ? demanda finalement Mashar.
— Ne sois pas ridicule, c’est juste que je ne m’y attendais pas ! Tu m’ignores si bien d’habitude.
— Tu souhaitais que je te remarque ?
Tahira s’empourpra et préféra rester silencieuse tant la question l’avait prise au dépourvu. Tout allait beaucoup trop vite. Non seulement on la regardait, mais le prince aussi et il avait également comprit que c’était ce qu’elle voulait ! Ce n’était pas du tout prévu dans le plan qu’il le comprenne ! Qu’est-ce qu’elle devait faire maintenant ? Tout lui avouer ? Elle se couvrirait de ridicule et elle refusait que Samia y assiste !
Mashar quant à lui, prit ce silence pour un oui. Il ne l’avait jamais vu dans cet état. Plus il s’attardait sur elle, plus il remarquait des détails imperceptibles.
— Tu as changé de parfum ?
— Oui, pourquoi ? Il ne te plaît pas ?
— Le devrait-il ?
La voilà qui refit la moue. Décidément, elle n’avait plus du tout son répondant habituel. Un peu plus, et il pourrait dire que sa répartie lui manquait. Mais même ainsi il la trouvait charmante.
— Pourquoi refuses-tu de me répondre ?
— Pourquoi tiens-tu à ce point à mes réponses ?
Cette fois, ce fut Tahira qui fit mouche et le prince qui se terra dans le silence. En réalité, c’était une bonne question dont il n’avait pas la réponse. Pourtant, il savait pertinemment que s’il posait ce genre de questions aux autres filles, toutes lui répondraient favorablement sans exception. Bien sûr que tout le monde veut le séduire, c’est le prince ! Tahira aussi rentrait dans ce genre de jeu ? Elle voulait le conquérir également ? C’était tellement inattendu qu’il en doutait fortement. À moins que ça ne soit l’une de ses nouvelles ruses pour l’embêter. Mais à bien y réfléchir, cela faisait un moment qu’elle ne le taquinait plus comme autre fois. Bien sûr, elle lui lançait des pics de temps à autres, toujours un peu mesquines mais jamais assassines…
Depuis quand était-elle devenue plus attentionné envers lui ? Pourquoi faisait-elle des efforts ? Elle allait jusqu’à maquiller ces plus gros complexes. Pourquoi ?
— Tu as maquillé tout ton corps, constata le prince.
— Je ne voulais plus qu’on se moque de moi, répondit-elle, encore un peu rouge d’agacement.
— Personne ne se moquait de toi.
— C’est que tu ne les entends pas, alors.
Non, en effet, il n’écoutait pas ce que les autres disaient sur son entourage. Il n’y avait que sa propre personne qui l’intéressait. Rarement sa sœur, car si on l’insultait, on l’insultait lui indirectement. Mais pour le rester, il n’avait jamais pris le temps d’écouter.
La danse se termina. Tahira lâcha les mains de Mashar. Seulement, avant de le quitter, elle répondit à l’une de ses questions :
— Oui. Je voulais que mon ami d’enfance me remarque.
Puis elle s’échappa de son emprise, retournant se cacher auprès de la princesse, laissant le prince se faire envahir par les autres prétendantes jalouses de la situation. Elle n’avait pas choisi ses mots au hasard. Elle n’était pas intéressée par ce que Mashar pourrait lui offrir, ni par la gloire, ni aucun autre avantage. Elle voulait juste être avec lui. C’était peut-être la femme la moins intéressée de la soirée, et la plus sincère avec lui. Peut-être…
Plus tard, la soirée se faisait un peu plus calme. Il y avait encore quelques danseurs, mais les gens commençaient à être fatigué et préféraient discuter autour du buffet. Tahira se fit inviter à danser plus d’une fois, et Mashah esquivait toutes les invitations en prenant Jamâl comme alibi. C’était son ami d’enfance et leur seul allié dans cette cour, il n’y avait qu’à lui qu’elle pouvait demander ce genre de service. Peut-être Delsin, mais elle n’avait pas envie d’entendre le moindre de ses commentaires. Jamâl était bien plus gentil et compréhensif. D’ailleurs il se permit de conseiller à Tahira de se réfugier sur le balcon si jamais elle ne voulait pas que d’autres hommes l’importunent. Elle trouva l’idée charmante et écouta ce judicieux conseil, tandis qu’ils retournaient sur la piste de danse.
Marchant sur la terrasse, la jeune noble inspira profondément l’air frais. Elle avança jusqu’à la rambarde et prit appui sur cette dernière. Elle avait une magnifique vue sur toute la ville, et elle voyait les lumières s’agitaient au même rythme que la musique. Le peuple faisait également la fête et elle en souriait de joie. Elle était ravie de savoir qu’aujourd’hui, tout le monde s’amusait. C’était une belle soirée, mais son plus précieux souvenir était qu’elle avait dansé avec Mashar pour la première fois.
— Tu te caches ou tu prends l’air ?
Tahira se retourna et découvrit le prince qui s’avançait à côté d’elle pour admirer la vue. Elle sourit, puis reposa son regard sur la ville avant de lui répondre :
— Un peu des deux. Je ne pensais pas qu’on me ferait autant danser ! rit-elle.
— Ce n’est pas si surprenant, tu es quand même la fille de mon plus fidèle conseiller.
— Le « plus fidèle ? » répéta-t-elle dans un petit sourire. C’est bien la première fois que tu le reconnais ! Que t’arrive-t-il ce soir ? Je te trouve bien aimable !
— J’ai toujours été aimable !
Tahira arqua un sourcil tout en gardant le sourire. Elle décida de se tourner et de s’asseoir sur la rambarde, mettant ses pieds vers l’intérieur pour tourner le dos à la ville et regarder la salle des fêtes.
— Tu es un prince bien insolent !
— Et toi tu es une noble hautaine !
— Arrogant !
— Mesquine !
Ils auraient pu s’échanger des mots d’amour pendant encore bien longtemps, mais Tahira préférait y couper court en tournant la tête. Ce dernier l’imita, contrarié. Il n’était pas venu se disputer avec elle. Et maintenant qu’il y songeait, c’était bien la seule à dire ce qu’elle pensait réellement de lui.
Le prince réfléchit, appuyant ses coudes sur le rebord de la terrasse.
— Je ne suis pas arrogant, je suis le prince et je punis seulement ceux qui me manquent de respect.
— Mais tu les envoies aux lions pour un oui ou pour un non.
— Et tu interviens toujours lorsque tu estimes que je vais trop loin. Donc il n’y a plus de problèmes.
Tahira ne sut pas quoi répondre. Comment devait-elle interpréter ses paroles ? Voulait-il dire qu’il pouvait compter sur elle, ou bien l’inverse, qu’elle était toujours sur son chemin ? Elle le regarda, un peu confuse, et Mashar tourna les yeux vers elle.
— J’ai entendu dire que le peuple t’aimait, que tu prenais soin de lui.
— Je… fais de mon mieux pour satisfaire tout le monde.
— Aller à l’encontre de mes ordres ne me satisfait pas.
— Faire exécuter des innocents n’est pas bon pour ton image et ton honneur !
— Alors c’est pour moi que tu sauves le peuple ?
Tahira eut un sursaut, ne s’attendant pas du tout à cette question. C’était là où il voulait en venir ? Connaître ses véritables intentions ? La jeune femme en perdit les mots, rougissant de honte. Elle ne savait pas quoi répondre. Elle aimait Mashar depuis longtemps, et elle aimait le peuple également. Tout ce qu’elle voulait, c’était que le peuple l’aime également ! Que les M’Taar puissent voir comme leur prince n’était pas le tyran qu’ils croyaient connaître. Ses lèvres tremblaient, hésitante.
— Je ne veux pas que le peuple te craigne. Je veux qu’il t’aime.
Mashar baissa la tête, fixant les lumières au loin. La vision de cette fille était utopiste. D’un autre côté, elle était toujours là pour le soutenir. Qu’il le veuille ou non, elle l’empêchait de faire les pires erreurs. Que ce soit pour le bien du peuple ou pour le sien, elle était là pour lui.
Après un petit silence, Tahira essaya de poursuivre la conversation :
— Ton peuple est grand Mashar. Il est fort et fier, il est magnifique. Tout ton royaume est immense et resplendissant !
— Ça pourrait être le tien aussi.
Tahira tourna vivement la tête vers le prince, ayant des doutes sur ce qu’elle venait d’entendre. Mais ce dernier se refusait de la regarder dans les yeux, fixant toujours la ville, les joues légèrement rouges. La jeune femme rougit, troublée.
— Mashar… ?
Il hésita encore quelques secondes, mais se tourna finalement vers elle. Seulement, la musique de la fête changea subitement pour quelque chose de moins calme et plus festif. Les colombes qui dormaient sous le balcon se réveillèrent en sursaut et s’envolèrent d’un seul coup. Elles firent perdre l’équilibre à Tahira qui était assise sur la rambarde et cette dernière bascula dans le vide. Le sang du prince ne fit qu’un tour et il se jeta à sa suite pour la rattraper, mais fut entraîné dans sa chute.
Les deux jeunes gens tombèrent dans le bassin qui se trouvait juste en bas, sain et sauf. Le grand bruit du plongeon avait attiré l’attention des gardes qui furent très surpris de découvrir le prince avec la fille du conseiller. Mashar sortit de l’eau, faisant signe aux gardes de ne pas intervenir, et aida Tahira à se relever.
Son maquillage avait coulé, sa tenue et sa coiffure étaient toutes défaites, elle était devenue hideuse et refusa la main de son ami.
— Non, ne me regarde pas !
Le prince remit les pieds dans l’eau et attrapa Tahira par les épaules pour la relever. Ses cheveux étaient devant son visage encore dégoulinant d’eau.
— Ne sois pas ridicule, moi aussi je suis trempé.
— Ce n’est pas ça, je…
— Ton maquillage ? Je m’en fiche de ton maquillage, tu n’as pas besoin de me cacher ton vitiligo. Je te préfère avec.
Encore une fois, elle se retrouva sans réponse et obéit docilement. Ils sortirent du bassin. Les voilà tout deux trempés, et ils devaient se changer pour être présentable à cette fin de soirée. Avant de se quitter, Mashar lui dit :
— Tu n’as pas besoin d’en faire trop. Quoi que tu portes, je te remarquerais toujours.
En fin de soirée, Mashar refit son apparition, avec une tenue différente. Delsin lui demanda des explications sur sa disparition et le reste, mais le prince resta plutôt évasif. Il n’avait pas la tête à répondre à ses questions. Par contre, il aperçut le retour de Tahira. Ses longs cheveux raides étaient lâchés, et sa robe, plus simple que la précédente, épousait très bien ses formes. Mais il nota surtout qu’elle avait retenu son conseil : son vitiligo était de nouveau apparent. Mashah et Jamâl rejoignirent leur amie, lui demandant également des explications, mais celle-ci ne savait pas par quoi commencer. Elle ne s’y attendait pas, mais le prince lui-même vint à son secours, lui tendant encore une fois la main.
— Tu danses ?
Cette fois-ci, elle n’hésita pas plus longtemps que la dernière fois et accepta sa proposition. Il l’entraîna alors sur la piste, pour la dernière danse de la soirée.
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Comments: 5
LaFeeTiguee [2019-07-08 22:09:18 +0000 UTC]
Aaaw le panier surprise de Tahira c'est trop chou ;v;
Nyoooh mais c'est si joli le vitiligo, faut pas avoir honte petite Tahira ! ;n;
Delsin qu'est content que son père ne soit pas sur son dos quand il s'occupe de Mashar, j'aime-
Mashah qui fulmine en voyant Samia arriver aussi-- xDD
... Bon cela dit, avec les petites piques de Samia je la rejoins dans sa fulmination--
Nuooooes fallait pas cacher tes jolies taches rooohhh
"ils se fréquentaient tellement souvent qu’il en avait oublié à quel point elle était belle." je sais pas pourquoi mais je trouve cette phrase très belle <3
Leur dialogue au début de danse est un peu grognon mais tellement chou en même temps-
"il n’écoutait pas ce que les autres disaient sur son entourage. Il n’y avait que sa propre personne qui l’intéressait. Rarement sa sœur, car si on l’insultait, on l’insultait lui indirectement. Mais pour le rester, il n’avait jamais pris le temps d’écouter" joli aussi ! Ça résume bien son défaut-
Sur le balcon aussi leur dialogue est charmant- ils sont drôles xD
" Je ne veux pas que le peuple te craigne. Je veux qu’il t’aime." C'EST TROP MIGNON
" tu n’as pas besoin de me cacher ton vitiligo. Je te préfère avec. " OUI. NOUS SOMMES D'ACCORD.
Une petite histoire très plaisante, elle a passé vite ! Ce couple là est comique et touchant <3 c'était une bonne façon de les faire connaître mieux >v< ~
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Misical In reply to LaFeeTiguee [2019-07-09 16:20:08 +0000 UTC]
blblbl je suis si contente que ce texte plaise ! J'ai mis en avant des personnages qu'on voit pas du tout (ou que j'ai très jeu jouer) ou encore des facettes qu'on voyait pas. Donc j'me suis totalement fait plaisir en l'écrivant !
Mwahaha, toi aussi entre dans la team "samiac'estunevipère" XD
ouiiii le vitiligo de Tahira est trop beau faut pas qu'elle en ait honte QQ c'est ce qui la rend unique !
héhé et merci pour les dialogues, j'avoue que j'en suis particulièrement fière èvé9
en tout cas, merci infiniment pour ton retour, je suis si contente !
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LaFeeTiguee In reply to Misical [2019-07-10 08:03:11 +0000 UTC]
Ouiiiiiii !
Avec plaisir !! >v<
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Royal-Flan [2019-07-01 15:53:00 +0000 UTC]
Vouiiiiiii
J'ai adoré ce texte, ça se lit tout seul ! <3
Les filles se donnent beaucoup trop de mal pour un ptit con comme Mashar il mérite paaas
(même si des fois il est incroyablement smooth ça me tue et je comprend que Tahira perde ses moyens aussi //ded)
Je te l'ai déjà dit mais les piques sur Samia m'ont fait bien rire, c'est dans ces moments là que je me souviens qu'ils ont que 16 ans c'est des gamins xDD
(mais c'est vrai qu'elle est trop belle cette femme auskour TT)
Bref c'est un très bel hommage à ce couple que j'adore, encore une fois merci beaucoup ça m'a fait extrêmement plaisir
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Misical In reply to Royal-Flan [2019-07-01 21:58:48 +0000 UTC]
super contente alors !!
j'me suis beaucoup amusé sur les dialogues ouais, surtout ceux entre Mashar et Tahira
(et les filles qui bitch sur Samia, j'aime trop //ded)
mais oui, c'est encore des ado, ils sont cons parfois //pan
héhé, en tout cas je suis trop contente que tu aimes ;; j'ai pris beaucoup de plaisir à faire ce texte !!!
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